Pourquoi et comment avons-nous laissé polluer et détruire notre environnement ?

La principale raison est ce que la novlangue appelle pudiquement « conflit d’intérêt« , et que j’appellerai ici par son véritable nom : la corruption. Quand un élu prend des décisions contre l’intérêt général pour favoriser les intérêts financiers particuliers d’un industriel, sous le prétexte qu’il a financé sa campagne ou qu’il l’invite sur son yacht, il se comporte en corrompu dans un système mafieux.

Quand les agences censées réguler l’industrie sont infiltrées par des agents de ces mêmes industries qui édictent les règles, il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils s’appliquent à eux-mêmes des règles contraignantes. Après tout, les industries sont des machines à générer des bénéfices et il est normal qu’elles utilisent tous les moyens pour y parvenir. Aux représentants du peuple de générer des politiques qui satisfont avant tout l’intérêt des populations, ce qui serait possible dans un système véritablement démocratique. La parodie de démocratie dans laquelle nous vivons en est bien loin.

L’industrie corrompt les chercheurs et inonde le monde de la recherche d’études conçues pour ne pas mettre en évidence les effets indésirables des produits qu’elle met sur le marché, comme elle l’a fait pour le bisphénol A, ou elle produit des études frauduleuses comme pour l’aspartame. Elle camoufle aussi, pour gagner du temps, les avertissements scientifiques. Cela a été le cas pour l’amiante ou le chlorure de vinyle (fabrication du PVC), jusqu’au moment où les preuves et les coûts à payer, devenus écrasants, ont forcé les gouvernements à agir.

Pour l’amiante par exemple, même si l’alerte a été donnée dès 1898 (oui, fin du 19° siècle !), l’Union Européenne l’a interdite seulement en 1999. A cause de ces négligences criminelles, 3.000 personnes meurent prématurément chaque année en France des conséquences d’une exposition à l’amiante et en mourront probablement pendant les 30 ans à venir. Les nombreux retards à la prise de décision n’ont été possibles que grâce à la corruption de scientifiques par l’industrie et au camouflage par ces chercheurs de leurs conflits d’intérêt (Hardell L. et coll, 2007).

Tout comme au niveau économique, d’efficaces lobbies nous font croire que l’intérêt privé se confond avec le bien commun, avec le progrès. La vérité scientifique est galvaudée par des professionnels de la désinformation et de la propagande. Ainsi, l’industrie du tabac a gagné des décennies en truquant des études, en achetant des consciences et des journaux, en infiltrant des labos. Résultat : plus de 60 mille morts/an en France.

L’épidémiologiste George Carlo a été, comme ses confrères, censuré par ses commanditaires. Dans une interview à la revue Acres aux USA, il raconte : « Des scientifiques du monde entier ont signalé que leurs travaux avaient été rejetés ou modifiés par l’industrie (en l’occurrence, de la téléphonie mobile). Si vous regardez les études effectuées sur les risques sanitaires, celles qui sont financées par l’industrie ont six fois plus de chances de ne rien trouver que celles qui sont financées de façon indépendante. Malheureusement, 95 % des études sont financées par l’industrie. L’industrie contrôle quasiment la science et la diffusion des informations scientifiques. Elle contrôle donc la façon dont le public perçoit ou ne perçoit pas de dangers. »

De plus, comme pour les cancers, toute la recherche est orientée sur la génétique et la thérapeutique, dont les résultats pour la santé publique sont très décevants, mais pas pour les actionnaires puisqu’il y a des brevets à la clef. Ainsi, l’argent public de la recherche est-il détourné de la prévention, qui serait bien plus efficace, vers des intérêts privés.

Les intérêts économiques de quelques uns ont toujours prévalu sur les intérêts généraux, en particulier sanitaires, qui sont notre propos. En témoignent d’autres scandales encore : du plomb ou du benzène dans l’essence ; de l’hormone de croissance ; du sang contaminé par les virus du SIDA ou de l’hépatite B ou C ; du Vioxx® ; du Mediator® ; des glitazones (médicaments antidiabétiques) ; de la vaccination contre l’hépatite B ou les papillomavirus ; des prothèses mammaires frelatées PIP et de bien d’autres. En témoignent aussi les rejets massifs de contaminants par certaines industries. Ces industries utilisent gratuitement les services de dépollution de l’environnement : atmosphère et cours d’eau essentiellement. Mais vu la durée de vie de beaucoup de produits toxiques : 24.000 ans pour le plutonium239 d’application militaire, jusqu’à 2700 ans pour certains polychlorobiphényles (PCBs), 2 à 15 ans pour le DDT, absence de dégradation pour les métaux lourds, nos descendants ne sont par près de s’en débarrasser.

On pourrait penser que ces produits finiront par être tellement dilués qu’ils n’auront plus d’action sur les organismes vivants. Ce n’est pas le cas. D’une part parce que certaines substances ont plus d’effets nocifs à faible concentration, en particulier ceux qui sont des perturbateurs endocriniens, et d’autre part parce que les chaînes alimentaires sont des machines à concentrer certains polluants. Les humains étant, selon leur type d’alimentation, en fin de chaîne alimentaire, nous verrons l’importance de se protéger et surtout de protéger nos enfants, avant et après leur naissance.

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